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Quel est le programme politique du Hamas aujourd’hui ?

27. January 2006

Une interview de Moshir Al Masri par Silvia Cattori, 20 janvier 2006. Source : voltairenet.org

Traduit de l’arabe en franà§ais par Marcel Charbonnier et Ahmed Manai, membres de Tlaxcala, le rà©seau de traducteurs pour la diversità© linguistique. (transtlaxcala@yahoo.com). Cette traduction est en Copyleft.

Les à©lections là©gislatives palestiniennes du 25 janvier 2006 s’annoncent comme un sà©isme politique : le Hamas pourrait emporter la majorità© des suffrages. Aussi la presse atlantiste s’efforce par avance de diaboliser ce parti politique. Soucieux d’apporter une information objective à  ses lecteurs, le Rà©seau Voltaire a rà©alisà© un long entretien avec le porte-parole de ce mouvement musulman. Rà©pondant aux questions de Silvia Cattori, Moshir Al Masri prà©sente un groupe de rà©sistance à  une situation d’extràªme violence bien à©loignà© du fanatisme qu’on lui impute.

Silvia Cattori : Aprà¨s le meurtre du Cheikh Yassine, leader spirituel du Hamas, en 2004, les autorità©s israà©liennes ont justifià© sa liquidation en affirmant qu’il à©tait le Ben Laden palestinien. Ils ont rà©pandu l’idà©e que le mouvement islamique du Hamas à©tait lià© à  Al Quaida. A l’extà©rieur, quand les journalistes parlent du Hamas, c’est gà©nà©ralement pour prà©senter ses membres comme des ” terroristes “, et non pas comme des rà©sistants. On vous a reprochà© d’avoir refusà© le processus de paix d’Oslo, ce en quoi les faits vous ont donnà© raison. L’idà©e est largement rà©pandue que ” le Hamas n’accepte pas l’existence d’Israà«l…qu’aucun juif ne pourra rester en Palestine… que tout juif est une cible et doit àªtre à©liminà© “. Que rà©pondez-vous à  ceux qui vous accusent de vouloir ” jeter les juifs à  la mer ” et de refuser ” le droit d’Israà«l à  exister ” ? Pouvez-vous prà©ciser votre position politique sur ces points ?

Moshir Al Masri : Tout d’abord, permettez-nous de remercier tous les journalistes à©trangers qui partagent les souffrances et la tristesse du peuple palestinien, qui sont dotà©s d’une conscience humaine, qui comprennent l’injustice qui pà¨se sur notre peuple et le dà©fendent. Merci à  tout journaliste, homme ou femme, qui accomplit sa mission professionnelle de manià¨re objective et fidà¨le, sans biais pro-israà©lien.

En ce qui concerne le rejet de l’existence d’Israà«l et le refus du maintien des juifs en Palestine, permettez-nous de faire une distinction entre les juifs en tant que tels, c’est-à -dire en tant qu’adeptes d’une religion, que nous respectons et avec lesquels nous avons en partage une histoire honorable à  travers l’histoire musulmane, et une occupation prà©sente sur notre territoire. Le problà¨me n’est donc pas un problà¨me avec les juifs. Nous souhaitons la bienvenue aux juifs qui veulent vivre avec nous ; c’est là  en l’occurrence une attitude permanente que nous constatons tout au long de l’histoire de l’Islam, y compris dà©jà  à  l’à©poque de notre Prophà¨te, Muhammad. Non ; le problà¨me, c’est qu’il y a une occupation qui pà¨se sur notre terre. Notre problà¨me est donc avec cette occupation. Par consà©quent, notre rà©sistance est là©gale, en vertu de toutes les lois et rà¨glements internationaux. D’ailleurs, la quasi-totalità© des rà©volutions, dans le monde, ont eu pour finalità© de chasser une occupation de leur territoire. Cela a à©tà© le cas au c…¦ur de l’Europe et en Amà©rique et, par consà©quent, nous avons le droit de nous dà©fendre et de chasser l’occupant de notre sol. Des allà©gations sont soulevà©es, autour du mouvement Hamas, selon lesquelles ce mouvement chercherait à  ” jeter les juifs à  la mer “. Ce sont là  des propos fallacieux, infondà©s. Nous respectons le judaïsme en tant que religion et les juifs en tant qu’àªtres humains. En revanche, nous ne respectons pas une occupation qui nous chasse de nos terres et exerce à  notre encontre toutes les formes d’agression, au moyen des armes les plus atroces, utilisà©es contre notre peuple palestinien. Il en dà©coule que la prà©sence de cette occupation, on ne saurait l’accepter. Permettez-moi de vous donner un exemple, à  ce sujet : si un homme possà¨de une maison et que quelqu’un vienne occuper cette maison, et si ensuite le voleur accepte tout au plus de concà©der une toute petite pià¨ce de cette maison à  son là©gitime proprià©taire, au cours de ce qu’il appelle lui-màªme des ” nà©gociations “, en lui disant : ” tout le reste m’appartient “, quelqu’un peut-il accepter une telle situation ? Est-il acceptable d’àªtre chassà© de chez soi et ensuite de reconnaà®tre que sa maison appartient à  celui qui l’a volà©e ? Et d’aller, par-dessus le marchà©, nà©gocier avec le voleur pour tenter de rà©cupà©rer une minuscule chambre, et supporter ses atermoiements ? Alors màªme qu’en plus, le voleur tue vos enfants, dà©fonce vos cultures et dà©truit votre gagne-pain ? Non. Aucune religion n’accepte cela. Ni aucune personne dotà©e de raison.

S.C. – Fin 2002, quand j’ai rencontrà© le Dr Rantissi vous n’à©tiez pas encore forcà©s de vivre cachà©s. Depuis 2003, les choses se sont considà©rablement durcies : le Hamas a à©tà© inscrit sur la liste noire des organisations ” terroristes ” ; il y a eu l’assassinat du Dr Rantissi et de centaines d’autres cadres importants. Comment ressentez-vous le fait qu’aucune instance, aucun Etat occidental ne prenne en compte la gravità© des violations de la là©galità© internationale par Israà«l, et fasse de vous un ennemi ? Que dans le cas d’Israà«l qui bafoue les principes de justice et la vie humaine, qui a violà© plus de 65 rà©solutions du Conseil de Sà©curità©, le droit international ne s’applique pas ?

Moshir Al Masri : En ce qui concerne la classification du Hamas dans les mouvements ” terroristes “, je rà©pondrai qu’assurà©ment cette qualification n’est ni fondà©e, ni admissible : le Hamas exerce une rà©sistance honorable et à©quilibrà©e. Dire de lui qu’il s’agirait d’un mouvement ” terroriste ” est inacceptable. Nous ne sommes pas des ” terroristes “, nous ne prà´nons pas l’assassinat, nous ne volons pas autrui et nous ne sommes pas les occupants, que je sache, pour àªtre ainsi qualifià©s ? ! ? Nous nous dà©fendons face aux incursions, face aux arrestations, face aux assassinats ciblà©s, face à  l’utilisation par Israà«l des armes les plus cruelles pour frapper sans pitià© et arbitrairement des civils. Nous avons le droit de nous dà©fendre. Mais il est à©vident que les Etats-Unis sont ouvertement de parti pris en faveur d’Israà«l. Et puis il y a aussi cette faiblesse de l’Europe face à  la position amà©ricaine. Nous ne pouvons que constater qu’il en dà©coule une connivence europà©enne avec Israà«l, fondà©e sur l’alignement pro-israà©lien de l’administration amà©ricaine. Nous appelons les citoyens du monde entier à  rà©examiner la nature du conflit palestino-sioniste et à  comprendre, devant la tràªve que nous avons observà©e et que les Israà©liens ont violà©e, que le problà¨me n’est pas du cà´tà© du peuple palestinien, pas du cà´tà© de sa rà©sistance là©gitime, mais bien du cà´tà© de l’agression dont notre peuple est victime.

S.C. – Au moindre acte de rà©sistance non violente ou violente, Israà«l vous envoie ses bombardiers. Vous n’àªtes pas sans savoir qu’il vous harcà¨le pour vous pousser à  la faute et justifier ensuite aux yeux du monde l’usage de la force. Face à  la domination d’Israà«l, à  qui les instances à©tatiques internationales donnent carte blanche pour vous massacrer, n’est-il pas suicidaire de vouloir riposter par les armes ?

Moshir Al Masri : Au sujet de ce qu’on a coutume d’appeler ” l’à©quilibre des forces “, permettez-nous d’insister sur le fait que tout pays occupà©, dà¨s lors qu’il lutte contre une occupation militaire, ne bà©nà©ficie certainement pas d’un rapport de force favorable. Sinon, si les forces à©taient à©quilibrà©es, l’armà©e d’occupation ne pourrait pas maintenir une minute de plus son occupation du pays en question et de son peuple… Bien entendu, les forces sont totalement dà©sà©quilibrà©es, et nous sommes faibles. Mais faibles, nous le sommes en raison de notre manque d’armes, et certainement pas dans notre dà©termination et notre volontà© de tenir face aux armes israà©liennes ultramodernes et sophistiquà©es. Nous avons la volontà© des montagnes. Nous avons pour nous le droit, et nous sommes pràªts à  tout sacrifier, je dis bien tout, pour recouvrer notre droit usurpà© et violà©. Par consà©quent, cet à©quilibre des forces, il est vraisemblable que nous parviendrons, petit à  petit, à  le crà©er… De son dà©but, jusqu’à  son terme, l’Intifada a changà© de tactique militaire, passant d’un mode d’action à  un autre, jusqu’à  àªtre en mesure de porter des coups à  l’ennemi et à  arràªter son agression permanente contre notre peuple.

S.C. – Quelle a à©tà© la politique de Yasser Arafat vis-à -vis du Hamas ? Et quelle est aujourd’hui celle d’Abou Mazen ?

Moshir Al Masri : La politique vis-à -vis du mouvement Hamas du prà©sident disparu Abu Ammar [Yasser Arafat] – que Dieu l’accepte dans Sa misà©ricorde ! – à©tait une politique fluctuante, variant d’un instant à  l’autre. Une chose est sà»re : en 1996, l’Autorità© palestinienne a eu une politique faite d’arrogance et d’arbitraire à  l’encontre du Hamas ; elle a jetà© en prison ses militants et ses dirigeants, qu’elle a pourchassà©s jusqu’à  imposer l’assignation domiciliaire au Shaïkh Ahmad Yassine. Nous avons patientà©, nous avons surmontà© nos blessures. Non pas par faiblesse, mais par respect pour le sang palestinien et afin de prà©server l’union nationale. A l’inverse, il y a eu des pà©riodes où la relation entre le Hamas et le prà©sident Abu Ammar à©tait une relation solide : il y avait alors interaction. Cette relation, on le voit, n’à©tait pas monocolore : au contraire, elle a pris de multiples colorations, des plus varià©es… En ce qui concerne, cette fois, nos relations avec le prà©sident Abu Mazen [Mahmud Abbas] : jusqu’ici, le prà©sident Abu Mazen est un homme faible. Nous sommes tombà©s d’accord avec lui sur beaucoup de points, mais les dà©cisions prises n’ont pas trouvà© de traduction concrà¨te sur le terrain et, jusqu’à  prà©sent, il est impossible de procà©der à  une và©ritable à©valuation de sa politique. D’une part parce que l’expà©rience n’est pas assez longue pour permettre cette à©valuation, mais surtout, d’autre part, parce qu’Abu Mazen n’a mis en application rà©elle aucun projet politique sur l’arà¨ne palestinienne, à  l’aune duquel nous soyons en mesure de le juger…

S.C. – Plus de 650 000 Palestiniens sont passà©s par les prisons israà©liennes et beaucoup ont à©tà© soumis à  des tortures traumatisantes. Il y a actuellement en Israà«l 9 200 prisonniers palestiniens. Comme vous le savez, la police du Shabak se sert de techniques sophistiquà©es pour les dà©grader, les humilier, les transformer en collaborateurs. On peut s’à©tonner que l’Autorità© palestinienne n’ait pas exigà© avec plus d’insistance la libà©ration des prisonniers, comme prà©alable à  toute nà©gociation ! Des centaines de militants du Hamas et du Jihad ont à©tà© arràªtà©s, au cours des derniers mois, en Cisjordanie. Ces arrestations et ces assassinats auraient-ils pu rà©ussir de manià¨re si massive, sans la collaboration des services de sà©curità© palestiniens avec le Shin Beth ?

Moshir Al Masri : En ce qui concerne les arrestations et les assassinats ” ciblà©s “, il faut savoir qu’ils n’auraient jamais pu se produire sans la coopà©ration des services de sà©curità© palestiniens avec le Shin Bet. Nous affirmons qu’il y a eu un pacte, par lequel l’Autorità© palestinienne s’est lià©e les poings face à  l’ennemi israà©lien et qu’aux termes de ce pacte, il y avait une coordination sà©curitaire qui a placà© l’arà¨ne palestinienne dans une terrible impasse et dans des dissensions intestines. Les arrestations, les chasses à  l’homme, les assignations domiciliaires n’ont pu àªtre imposà©es aux militants et aux dirigeants du Hamas qu’en raison de cette coopà©ration sà©curitaire entre [responsables] palestiniens et israà©liens. En ce qui concerne les assassinats ciblà©s et les arrestations, il est à©vident qu’il existe tout un rà©seau de traà®tres, qui vont et viennent librement en Palestine. Ce sont eux qui jouent un rà´le essentiel direct dans les opà©rations d’à©limination israà©liennes. Il en va de màªme des incursions et des rafles. Malheureusement, l’Autorità© palestinienne n’a pas à©tà© à  la hauteur de ses responsabilità©s, dans ce domaine, et nous n’avons pas voulu nous charger de cette tà¢che d’ordre public, afin de ne pas crà©er des dissensions dans l’arà¨ne palestinienne, et aussi afin qu’on ne puisse pas dire de nous que nous aurions à©tà© un Etat dans l’Etat. Nous ne dirigeons nos armes que contre ceux qui nous agressent et il incombe à  la justice palestinienne de prendre ses responsabilità©s et de rà©gler tout problà¨me interne. Il est à©vident que l’Autorità© palestinienne s’est elle-màªme lià©e les mains, en signant des accords qui nous interdisent de pourchasser les traà®tres, qui pratiquent l’assassinat de nos concitoyens en dà©signant aux forces d’occupation les endroits où se cachent des Palestiniens [rà©sistants] pourchassà©s, qu’elles recherchent afin de les arràªter, voire, plus frà©quemment encore, de les assassiner.

S.C. – Il est apparu que l’Autorità© palestinienne, aprà¨s avoir mis son peuple dans une situation impossible – en l’appelant à  la cessation de la lutte armà©e avant màªme la libà©ration nationale – et aprà¨s avoir signà© avec Israà«l des traità©s ” entre deux parties “, a fait disparaà®tre le terme ” ennemi israà©lien ” de son vocabulaire. Rà©cemment le ” droit au retour “, a à©galement à©tà© à©vacuà© du vocabulaire des dirigeants palestiniens qui parlent maintenant ” d’une solution au problà¨me des rà©fugià©s ” mais pas de droit. Pendant ce temps, l’argent se dà©verse à  flot dans les caisses d’Abou Mazen. Est-ce un hasard ? Cet argent n’est-il pas destinà© à  acheter toute une à©lite politique et une classe moyenne susceptibles de renoncer à  la lutte nationale de libà©ration ? Quelle est aujourd’hui la position du Hamas vis-à -vis de l’Autorità© palestinienne ?

Moshir Al Masri : En ce qui concerne la modification de la terminologie et de l’utilisation, ou de l’interdiction, de l’expression ” ennemi israà©lien “, l’Autorità© palestinienne a …¦uvrà©, de conserve avec l’ennemi israà©lien, en vertu d’un accord sà©curitaire conclu entre eux, à  faire disparaà®tre beaucoup de concepts et à  tenter de les effacer de l’esprit des diverses gà©nà©rations de Palestiniens. Mais l’Intifada bà©nie d’Al-Aqà§à¢ a remis ces dà©finitions et ces concepts à  l’ordre du jour, d’une manià¨re encore plus forte qu’auparavant et, cela, grà¢ce surtout aux agissements de l’occupant, faits de crimes et de massacres des plus horribles perpà©trà©s contre les enfants de notre peuple.

Oui, il y a une faiblesse insigne, dans l’action de l’Autorità© palestinienne, à  bien des à©gards. Et comme par hasard, ce sont ses responsables qui veulent changer le vocabulaire. Mais les dà©finitions du peuple ne sont pas celles des reprà©sentants de l’autorità©. Il en va de màªme en ce qui concerne le droit au retour des rà©fugià©s palestiniens. Quand un responsable palestinien parle de ” rà©soudre le ” problà¨me ” des rà©fugià©s “, on peut voir là  une concession exorbitante, provenant de ce cà´tà©-là … Nous parlons ici des millions d’enfants de notre peuple (plus de cinq millions de Palestiniens) qui sont exilà©s, chassà©s, à©parpillà©s dans la quasi totalità© des pays du monde et qui ont le droit de revenir chez eux, sur leurs terres, dans leur patrie dont on les a chassà©s par la force. Ce sont là  les termes qu’utilisent le peuple et les combattants. Ce que disent certains responsables palestiniens n’est pas reprà©sentatif de l’ensemble des palestiniens.

S.C. – Le Congrà¨s pour le ” droit au retour ” rà©uni à  Nazareth en dà©cembre 2005, a mis en garde ceux qui veulent vous imposer la reconnaissance de l’Etat d’Israà«l en tant qu’Etat juif et à©vacuer le droit au retour. Ce droit demeure-t-il pour vous la pierre d’achoppement, ” un droit inalià©nable ” sur lequel nul ne peut revenir ?

Moshir Al Masri : En ce qui concerne l’imposition d’une reconnaissance arabe et palestinienne de l’Etat d’Israà«l en tant qu’Etat juif et la reconnaissance du fait accompli, je pense que cette reconnaissance de l’Etat d’Israà«l est extràªmement dangereuse, car elle signifie l’abandon du droit palestinien, et elle signifie que la politique du fait accompli s’est imposà©e dà©finitivement au monde arabo-musulman. Nous accueillons à  bras ouverts les juifs en tant que tels, mais nous n’accueillons pas à  bras ouverts une occupation qui à©crase notre terre et notre peuple. Comme je l’ai dà©jà  dit, nous ne pouvons accepter d’àªtre chassà©s de chez nous, de nos maisons, de nos terres, aprà¨s quoi nous reviendrions prendre possession d’une portion congrue de ces terres et nous reconnaà®trions au voleur la proprià©tà© de tout le reste, en disant que cela lui revient de droit et en consacrant ce droit devant le monde entier. C’est la raison pour laquelle, nous, au Hamas, nous mettons en garde toutes les parties prenantes contre les consà©quences terribles qu’aurait le fait de tomber dans le pià¨ge israà©lien consistant à  consacrer la politique israà©lienne des faits accomplis.

S.C. – L’autorità© palestinienne a tout misà© sur la crà©ation d’un Etat palestinien indà©pendant. Mais les Palestiniens à©taient-ils pràªts à  accepter un Etat sur 8 % des terres historiques pour tout rà¨glement des torts causà©s par Israà«l depuis 1948 ? Un Etat unique où juifs et non juifs vivent avec des droits à©gaux ne serait-il pas une solution plus à©quitable ?

Moshir Al Masri : Je tiens à  dire que le mouvement Hamas croit aux solutions par à©tapes, mais pas aux solutions basà©es sur des concessions. C’est ce qu’avait affirmà© le Shaïkh Yassine, fondateur et dirigeant du Hamas, il y a plus de quinze ans. Il avait dit : ” Nous pouvons accepter la crà©ation d’un Etat en Cisjordanie, dans la bande de Gaza et à  Jà©rusalem Est, avec le retour des rà©fugià©s et la libà©ration de tous les prisonniers. C’est alors que nous pourrons signer une tràªve sur le long terme, pour dix ans s’il le faut, voire màªme plus “. Mais il est à©vident que l’ennemi sioniste veut perpà©tuer son occupation. La preuve en est que Sharon, aprà¨s avoir vendu son retrait de Gaza, en le prà©sentant comme une ” concession douloureuse “, revient à  Gaza et y assassine, y bombarde, y frappe, et revient au nord de la bande de Gaza pour y à©tablir un no man’s land. On le voit : il ne connaà®t que le langage de l’occupation. Il ne sait pas ce que veut dire une tràªve, comme le montre sa violation de la tràªve actuelle, et il ne connaà®t pas le langage de la paix. Il ne connaà®t que le langage du crime et de la terreur contre notre peuple. Par consà©quent, nous confirmons notre adhà©sion à  des solutions par à©tapes, mais, en contrepartie, nous ne saurions reconnaà®tre l’occupation de notre territoire. C’est pourquoi le reste du monde doit se rassembler afin de se tenir aux cà´tà©s de notre peuple endeuillà© et meurtri, dont le territoire est occupà©, dont les lieux saints sont violà©s et dont les enfants sont les victimes de la pire agression. Quant à  la crà©ation d’un Etat qui rà©unirait les juifs et les Palestiniens, nous n’avons cessà© d’affirmer – mais je veux bien le rà©affirmer encore une fois – que nous avons và©cu avec les juifs tout au long de l’histoire islamique, qu’en tant que Dhimmis, dans l’Etat musulman, ils bà©nà©ficiaient des màªmes avantages et ils à©taient soumis aux màªmes obligations que nous ; ils faisaient partie de notre patrie. Encore une fois : le problà¨me n’est pas avec les juifs. Le seul problà¨me que nous ayons, c’est avec l’occupation israà©lienne.

S.C. – Aprà¨s le retrait des colons de Gaza, la communautà© internationale a considà©rà© ce retrait comme une avancà©e vers la paix. Or ; où est la paix ? Votre mouvement a affirmà© que Gaza à©tait libà©rà©e. Or, ceux qui l’ont visità©e rà©cemment ont rapportà© que le million et demi de Palestiniens qui l’habitent, demeurent sous le contrà´le absolu d’Israà«l ; surveillance et coercition qui vont encore s’accroà®tre par la construction par Israà«l de la triple barrià¨re munie de mitrailleuses tà©là©commandà©es, de dà©tecteurs à©lectroniques et optiques. Plutà´t que de parler de libà©ration, pourquoi n’avoir pas dà©noncà© le fait que les habitants de Gaza sont emmurà©s derrià¨re des barrià¨res, dans un camp de concentration ?

Moshir Al Masri : Oui. Il est clair que ce qu’a voulu vendre Sharon, c’est un mensonge. En effet, le retrait de la bande de Gaza n’est pas un và©ritable retrait, ni un retrait total. Israà«l continue à  occuper l’espace aà©rien de Gaza : ses avions ne cessent de survoler Gaza, les bombardements continuent et les simulacres d’attaques aussi, ainsi que les assassinats ciblà©s depuis les airs, par drones et missiles. Il en va de màªme de l’encerclement terrestre et maritime, y compris du point de passage de Rafah, qui est l’unique issue laissà©e au peuple palestinien vivant dans la bande de Gaza : il est truffà© de camà©ras, il y a des commissions sà©curitaires mixtes, qui interrogent toute personne qui entre dans la bande de Gaza ou qui en sort, màªme s’il n’y a plus de prà©sence militaire israà©lienne effective. Il en rà©sulte que nous vivons dans une immense prison, dans la bande de Gaza, et que l’ennemi israà©lien n’a fait aucune concession. Il ne s’est retirà© de Gaza que sous les coups de la rà©sistance : il a lui-màªme reconnu ne plus pouvoir supporter le fardeau sà©curitaire qui pesait sur ses à©paules en raison de son occupation de la bande de Gaza, en particulier dans les colonies, en butte aux frappes de la rà©sistance palestinienne, en dà©pit des moyens rudimentaires de celle-ci, qui a nà©anmoins rà©ussi à  atteindre l’ennemi israà©lien en lui infligeant une dure leà§on et en lui apprenant que la terre palestinienne ne saurait tolà©rer la perpà©tuation de son occupation par Israà«l.

S.C. – Contrairement à  l’ANC en Afrique du Sud, ni Arafat ni Abou Mazen n’ont jamais appelà© au boycott international, ni à  la lutte civile, ni à  des sanctions punitives contre Israà«l. Le prà©sident de l’Università© palestinienne Al Quds s’est màªme à©levà© contre le boycott des università©s israà©liennes lancà© par des Britanniques. Comment expliquez-vous une telle soumission à  Israà«l, alors que les Palestiniens attendent de leurs autorità©s qu’elles dà©fendent leur cause ?

Moshir Al Masri : Il est clair que l’Autorità© palestinienne est en train de connaà®tre une dà©rive dangereuse et que certains de ses dirigeants s’accrochent à  leur fauteuil. Ils sont pràªts à  faire toutes les concessions possibles et imaginables. C’est ce dont nous nous sommes rendu compte, avec le genre d’accord qu’ils ont signà©s : il n’y avait pas de position solide de l’Autorità© palestinienne qui fà»t en mesure de mettre un terme à  l’agression sioniste contre le peuple palestinien. Le discours dominant, c’à©tait celui des concessions : c’est cette langue des concessions qui s’est imposà©e la plupart du temps, à  un point tel que le prà©sident d’une università© palestinienne a osà© protester, vous avez tout à  fait raison, contre le boycott des università©s israà©liennes, comme si nous vivions avec Israà«l dans un màªme cadre, en oubliant totalement notre sang versà©, la confiscation de nos terres et la mise sous occupation de toutes les possibilità©s du peuple palestinien ! Oui, hà©las, il y a une soumission, de la part de l’Autorità©, à  l’administration israà©lienne, en à©change de non-concessions israà©liennes vis-à -vis de l’Autorità©. Et cela, parce que celle-ci s’est lià©e les mains avec des accords dont elle est incapable de s’extraire, au moment màªme où Sharon et consorts nient les accords dont il est question, en dà©clarant que les accords d’Oslo n’ont plus d’existence pratique, sur le terrain.

S.C. – Les parlementaires europà©ens – gauche et droite – ont votà© en 2004, à  une large majorità©, une rà©solution dite ” Paix et Dignità© au Proche-Orient” qui exige de l’Autorità© palestinienne de mener une lutte contre les actes de terrorisme. Cette rà©solution :
” rà©ità¨re sa ferme condamnation ainsi que le rejet de tout acte de terrorisme commis par des organisations terroristes palestiniennes contre le peuple israà©lien, et exige que l’Autorità© nationale palestinienne mà¨ne une lutte sans merci contre ces actes de terrorisme jusqu’au dà©mantà¨lement total de ces organisations ”
” dà©clare expressà©ment que le terrorisme palestinien, que ses victimes soient civiles ou militaires, non seulement est responsable de nombreuses victimes innocentes, ce qui le rend des plus condamnables, mais en plus nuit gravement au processus de paix que l’on veut reprendre “. _ Que dites-vous à  l’Europe ?

Moshir Al Masri : En ce qui concerne les ” terroristes “, et l’affirmation selon laquelle la rà©sistance non seulement tuerait des innocents, mais ferait obstacle au processus de paix, nous disons : ” Observons attentivement et prà©cisà©ment la scà¨ne palestinienne et les à©và©nements qui s’y sont produits depuis la signature de l’accord de paix entre Palestiniens et Israà©liens. Qui a commencà© à  tuer ? Qui a perpà©trà© des massacres le premier ? Comment l’Intifada d’Al-Aqà§à¢, que nous continuons à  vivre aujourd’hui, a-t-elle dà©butà© ? Ne serait-ce pas, par hasard, avec la visite provocatrice de Sharon à  la Mosquà©e Al-Aqà§à¢, bà©nie et sainte pour les musulmans et pour le peuple palestinien ? Les fidà¨les [musulmans] ayant protestà©, les forces de l’occupation ont abattu des dizaines d’entre eux, en quelques instants. C’est alors que les foules se sont levà©es, partout, afin de dà©fendre leurs lieux saints, comme c’à©tait leur droit et leur devoir. La premià¨re Intifada, quant à  elle, n’avait-elle pas à©clatà© aprà¨s qu’un colon eut à©crasà© volontairement sept ouvriers palestiniens à  Jabalya ? Par consà©quent, nous dà©fendons notre peuple, et ceux qui nous qualifient de ” terroristes ” se trompent ; ils doivent reconsidà©rer leur apprà©ciation. Nous ne sommes pas des ” terroristes “. Nous prà´nons la vie, nous prà´nons un projet de libà©ration, nous dà©fendons la dignità© et la là©gitime fiertà©. Il faut que le monde europà©en cesse d’àªtre le complice de l’Amà©rique, dans son alignement patent sur l’ennemi israà©lien. Si vous à©tudiez et examinez prà©cisà©ment les problà¨mes en jeu sur l’arà¨ne palestinienne, vous comprendrez que, dans la quasi totalità© des cas, c’est l’occupation qui provoque les problà¨mes.

S.C. – Le rà©cent succà¨s à©lectoral du Hamas a jetà© un vent de panique au sein de l’Autorità© palestinienne. Pensez-vous qu’aprà¨s avoir rà©gnà© durant douze ans en maà®tre absolu, s’àªtre enlisà©e dans des nà©gociations ” de paix ” qui ne menaient qu’à  plus de souffrances pour les Palestiniens, sera-t-elle capable de renoncer aux privilà¨ges acquis aux dà©pens de son peuple et d’accepter le message que ce dernier lui envoie ?

Moshir Al Masri : Nous pensons qu’un des principes de la dà©mocratie, c’est l’acceptation des rà©sultats des à©lections. La nation n’est le monopole de personne, elle appartient à  tout le monde. Le mouvement Hamas tient à  rassurer tout le monde, l’Europe, l’Amà©rique et le monde entier, ainsi que l’Autorità© palestinienne : nous n’avons nullement l’intention de prendre la place de qui que ce soit dans ces à©lections, ni de contester quiconque. Nous voulons consacrer une nouvelle à©tape, celle de la participation politique, afin d’en finir avec l’exclusive dans la prise de dà©cision politique palestinienne. Cette à©tape sera aussi celle de l’union nationale face aux dà©fis propres à  cette à©tape : ce peuple qui a fait les plus grands sacrifices pour contraindre l’occupant à  se retirer d’une partie de son territoire doit aujourd’hui pouvoir vivre une vie tranquille et dà©cente, loin des manifestations d’anarchie et d’insà©curità©, provoquà©es la plupart du temps par les services dits ” de sà©curità© ” eux-màªmes, loin du systà¨me du piston et des pots-de-vin, loin de la perte des repà¨res, du vide devant l’inconnu, qui dominent actuellement la scà¨ne palestinienne. C’est la raison pour laquelle le Hamas a voulu participer sans plus tarder aux à©lections là©gislatives, afin de tenter de sauver la scà¨ne palestinienne de cette situation dà©là©tà¨re.

S.C. – C’est pour le peuple palestinien une situation on ne peut plus dà©primante. Rien de ce que l’Autorità© palestinienne avait promis n’a à©tà© rà©alisà©. Mais si les Palestiniens lui ont tournà© le dos, cela ne veut pas dire, pour autant, qu’ils adhà¨rent à  votre programme ?

Moshir Al Masri : Il est clair qu’en raison de la monopolisation du pouvoir par l’Autorità© palestinienne, qui prend seule toutes les dà©cisions concernant l’avenir du peuple palestinien depuis dix ans, et d’autre part du succà¨s du mouvement Hamas et de son programme en matià¨re de rà©sistance là©gitimement reconnue par le droit international et du fait que ce mouvement a à©tà© le porteur des prà©occupations du peuple palestinien et de la bannià¨re du changement et de la rà©forme, on a assistà© à  un rassemblement populaire autour du Hamas. De plus, le peuple palestinien est un peuple musulman en majorità©. Or, le Hamas est un mouvement musulman, qui veut que notre peuple vive l’Islam comme une rà©alità© concrà¨te autant que cela nous est possible. Il est clair que l’Autorità© palestinienne n’a pas tirà© les leà§ons de ses erreurs, et que sa situation est dà©plorable. Elle est màªme incapable de tenir tàªte à  ceux de ses membres qui pratiquent des enlà¨vements d’à©trangers, qui nuisent à  l’image honorable de notre peuple, ou qui pratiquent les occupations de diverses institutions, le racket et l’intimidation. Tout ceci fait que l’Autorità© palestinienne traverse une pà©riode de grande faiblesse et de dà©composition. C’est la raison pour laquelle nous avons tenu à  participer aux à©lections, afin que l’Autorità© recouvre son prestige et que le droit retrouve sa primautà©. Nous voulons crà©er une Autorità© palestinienne respectable, afin que le peuple palestinien puisse la respecter.

S.C. – Sauf à  Ramallah, durant l’annà©e à©coulà©e, lors des à©lections locales, le Hamas a rà©coltà© plus de 50 % des voix. Le FPLP, parti de gauche, a dans certaines villes fait alliance avec vous. Cela tend-il à  dà©montrer qu’il ne s’agit pas de voter pour une religion mais pour des hommes et des femmes intà¨gres qui, contrairement aux cadres du Fatah, n’ont jamais abandonnà© la lutte de libà©ration ?

Moshir Al Masri : Le fait que le Hamas conclut des alliances avec le Front Populaire de Libà©ration de la Palestine ou d’autres organisations, confirme qu’il n’est pas un mouvement sectaire, ni sclà©rosà©, ni replià© sur lui-màªme. Le Hamas est un mouvement qui s’affirme comme une page ouverte à  tous, comme un mouvement pràªt à  s’allier avec tous les enfants de notre peuple palestinien, afin de dà©fendre les intà©ràªts supà©rieurs de notre peuple, dans le cadre d’un changement et d’une rà©forme rà©els dans l’arà¨ne palestinienne. C’est de là  que dà©coule le soutien apportà© par le Hamas à  une candidate de gauche à  la mairie de Ramallah, soutien qui n’est pas un cas unique, loin de là . Nous disons à  tous que nous ne voulons prendre la place de personne, nous ne voulons à©vincer personne. Nous voulons vivre une existence digne et tranquille, à  l’abri de tous les phà©nomà¨nes que connaà®t la scà¨ne palestinienne depuis dix ans. Nous voulons convenir d’une stratà©gie bien dà©finie qui protà¨ge les droits du peuple palestinien et prà©serve ses avancà©es, sans considà©ration sur les appartenances de ces allià©s : il suffit qu’ils soient Palestiniens et qu’ils veuillent servir la cause du peuple palestinien.

S.C. – Pourquoi avez-vous pris le parti de participer à  ces à©lections alors que le Jihad islamique, lui, s’est abstenu ? Des à©lections sous occupation ne dà©tournent-elles pas les Palestiniens de l’essentiel ? La priorità© n’est-elle pas de nouer le dialogue inter-palestinien pour relancer la lutte nationale ?

Moshir Al Masri : Quelles sont les priorità©s du Hamas, dans la pà©riode actuelle ? Mettons les points sur les ” i ” : le Hamas a trois priorità©s, dont aucune n’est caduque, ni moins importante que les autres. La premià¨re priorità©, c’est le renforcement de l’unità© interne, à©tant donnà© que c’est cette unità© qui est à  màªme de protà©ger l’arà¨ne palestinienne contre tout dà©veloppement dangereux. La seconde, c’est le renforcement de la participation politique, qui reprà©sente une option susceptible de sauver la scà¨ne palestinienne du marasme actuel. Le troisià¨me point, c’est le renforcement du programme de la rà©sistance en tant que choix stratà©gique de notre peuple, tant qu’une occupation continuera à  peser sur notre terre et tant que se poursuivra l’agression continue contre notre peuple. Ce choix a à©tà© celui de toutes les rà©volutions de par le monde, y compris en Europe et en Amà©rique. Il s’agit d’un choix reconnu par le droit international.

S.C. – La participation du Hamas aux à©lections là©gislatives palestiniennes, dans les territoires sous contrà´le de l’Autorità© Palestinienne, a à©tà© mise en cause par Javier Solana. Celui-ci, reprenant la menace des Etats-Unis, a fait pression sur les Palestiniens en affirmant que si le Hamas remportait les à©lections, l’aide financià¨re de l’Europe serait suspendue. Ce qui indique que l’Europe ne reconnaà®t pas aux Palestiniens le droit de choisir leurs propres reprà©sentants ni celui de rà©sister. Ce chantage, qui menace les Palestiniens d’un à©tranglement financier, donc de les rendre encore plus faibles face à  l’occupant, empàªchera-t-il les Palestiniens de voter pour les candidats du Hamas ou du FPLP ?

Moshir Al Masri : En ce qui concerne la question de savoir si les menaces europà©ennes et les menaces amà©ricaines de couper les aides sont susceptibles de dissuader notre peuple de soutenir le Hamas, je rà©pondrai que je pense que les dà©clarations tant europà©ennes qu’amà©ricaines à  cet effet ont coïncidà© avec la quatrià¨me à©tape des à©lections municipales palestiniennes, en particulier dans les plus grandes villes. Or, quel en a à©tà© l’effet ? Le Hamas a remportà© les à©lections dans les plus grandes villes palestiniennes, comme Naplouse, El-Birà©h, Ramallah ou Jà©nine. Par consà©quent, notre peuple palestinien est un peuple qui compte essentiellement sur Dieu – Qu’Il soit exaltà© ! – et qui connaà®t ce verset coranique ” C’est dans le ciel que se trouve la và©ritable vie qui vous a à©tà© promise “. Le peuple sait trà¨s bien qu’il y a un complot international ourdi contre lui. Par consà©quent, il veut choisir ceux qui seront capables de porter sa prà©occupation et ceux dont il sait, de confiance, qu’ils seront dignes de la mission qu’il leur aura confià©e, par la grà¢ce de Dieu ! Nous, au Hamas, nous avons fait nos preuves, au fil des annà©es, dans de nombreuses institutions, syndicats, coopà©ratives, ou autres, et nous avons donnà© un exemple à  suivre. C’est en connaissance de cause que le peuple palestinien nous a à©lus, c’est en raison de sa confiance. Par consà©quent, la provocation de l’administration amà©ricaine qui, aux dires des responsables de l’Autorità© palestinienne, n’accorde au peuple palestinien que des miettes qui ne reprà©sentent pratiquement rien dans le budget palestinien et la position europà©enne, voire màªme les dà©clarations de Javier Solana dont je ne pense pas qu’elles reflà¨tent une position europà©enne bien à©tudià©e qui reprà©sente vraiment tous les Etats membres de l’Union europà©enne, vous savez… Disons que je ne considà¨re pas que la dernià¨re position adoptà©e par le Quartette soit une position d’une grande fermetà©. Il s’agit plutà´t de l’expression d’un recul : aprà¨s avoir refusà© la participation du Hamas aux à©lections, certains partenaires internationaux ont dà©passà© ce blocage, aprà¨s avoir constatà© la dà©termination et la volontà© des Palestiniens, ainsi que l’unanimità© sur la nà©cessità© de la participation de tous à  ces à©lections. Les puissances à©trangà¨res opposà©es à  notre participation ont commencà© à  brandir la menace de la suspension des aides à©conomiques, puis elles ont cessà© de le faire aprà¨s avoir constatà© que cela ne dissuaderait en rien les Palestiniens de voter pour le Hamas. Elles se sont alors contentà©es de formuler des mises en garde contre la participation du Hamas à  tout gouvernement palestinien à  venir. Je suis persuadà© que les partenaires internationaux se verront contraints de composer avec une rà©alità© nouvelle pour eux : le mouvement Hamas est une composante authentique du peuple palestinien, il fait partie de ceux qui dà©terminent la dà©cision politique palestinienne.

S.C. – La position du Quai d’Orsay, à©tait plus nuancà©e que celle de Solana : ” Nous pensons qu’il est important que le processus à©lectoral qui a à©tà© engagà© dans les territoires palestiniens puisse se dà©rouler normalement…Le Hamas demeure inscrit sur la liste ” des organisations terroristes de l’Union europà©enne, tant qu’il n’aura pas renoncà© à  la violence et reconnu l’Etat d’Israà«l. Pour notre part, nous suivons avec intà©ràªt ce qui se passe et cette à©volution du Hamas sur le plan politique “. Vous paraà®t-il possible de renoncer à  la lutte armà©e et de reconnaà®tre l’existence de l’Etat juif d’Israà«l ?

Moshir Al Masri : En ce qui concerne la reconnaissance de l’Etat d’Israà«l et le renoncement à  la lutte armà©e, je rà©ponds : comment le Liban s’est-il libà©rà© ; comment beaucoup de pays europà©ens se sont-ils libà©rà©s, et comment l’Amà©rique du Nord s’est-elle libà©rà©e ? N’est-ce pas en chassant les puissances qui les occupaient ? Cela fait dix ans que nous essayons de nà©gocier : pour quel rà©sultat ? Le rà©sultat, n’est-ce pas l’inconnu ? Le rà©sultat, n’est-ce pas le vide ? Qu’est-ce que l’Autorità© palestinienne a rà©coltà© ? Qu’est-ce que le peuple palestinien a rà©coltà© ? Rien, sinon des malheurs, la destruction, le recul de la cause palestinienne pour des lustres… On ne peut pas continuer à  faire ce genre d’expà©rience vouà©e à  l’à©chec ni accepter une occupation qui s’incruste, qui continue à  tuer, à  massacrer, à  perpà©trer la terreur contre le peuple palestinien. Nous disons que le Hamas est un mouvement ouvert, pràªt au dialogue avec qui le souhaite à  la lumià¨re des intà©ràªts supà©rieurs du peuple palestinien. Mais un dialogue avec l’occupation sioniste, c’est un dialogue qui a à©chouà©, bien qu’il ait à©tà© tentà© sur la base des plus grandes concessions de notre part, en à©change de rien du tout, du cà´tà© israà©lien.

S.C. – De savoir que les dirigeants des pays dà©mocratiques ont systà©matiquement refusà© de sanctionner Israà«l qui viole les Conventions de Genà¨ve – dà©molitions de maisons, exà©cutions sommaires, arrestations arbitraires, assassinats d’enfants – et aussi de savoir que les associations en faveur de la Palestine ont collaborà© avec l’Autorità© palestinienne qui à©tait un systà¨me corrompu et rà©pressif, vous choque-t-il ? Ne pensez-vous pas que votre meilleure arme est de mieux expliquer à  l’opinion internationale quel type de soutien les Palestiniens sous occupation militaire attendent ?

Moshir Al Masri : Oui, cela me choque. Effectivement, nous avons besoin d’une vaste campagne mà©diatique. Mais il est à©vident que les sionistes, leurs sà©ides et leurs amis possà¨dent des moyens d’information extràªmement puissants qui à©crasent les nà´tres. Israà«l a violà© la quasi totalità© des rà©solutions du Conseil de sà©curità© de l’Onu, ainsi que toutes les Conventions de Genà¨ve, en perpà©trant les pires crimes terroristes contre notre peuple : destruction de maisons, de terres agricoles, assassinat dà©libà©rà© d’enfants innocents et, cela, sans qu’il ne juge le moindre soldat responsable de ces assassinats, notamment d’enfants, comme celui du jeune Muhammad Al-Durra, auquel le monde entier a assistà© : on l’a vu crier, supplier. En vain. Le rà©sultat ? Le soldat responsable d’avoir tuà© dà©libà©rà©ment a à©tà© emprisonnà© pendant un mois à  peine. Cela à©quivalait purement et simplement à  se gausser du sang palestinien rà©pandu. Oui ; il nous faut dà©noncer toutes ces exactions israà©liennes, toutes les violations israà©liennes des rà©solutions du Conseil de sà©curità©, et aussi celles des Conventions de Genà¨ve. Nous avons besoin des efforts des journalistes europà©ennes et europà©ens, des juristes, de toutes les personnes et instances porteuses du sens du mot ” humanità© “, qui comprennent ce que l’occupation signifie et qui connaissent l’horreur du crime et du terrorisme sionistes à  l’encontre de notre peuple, afin qu’ils fassent comprendre au monde, autant qu’il leur est possible, quelle est la và©ritable situation. Nous savons qu’il existe une connivence entre les rà©gimes politiques europà©ens et l’ennemi israà©lien, mais nous savons aussi qu’il y a chez vous, en Europe, des gens qui dà©fendent les valeurs humaines, et nous leur serrons fraternellement la main, en les priant de multiplier les contacts avec nous.

S.C. – Autrement dit, Israà«l aura le beau rà´le aussi longtemps que l’opinion n’aura pas compris que la racine de ce conflit ce n’est pas la religion mais la lutte d’un peuple pour garder sa terre, et aussi l’expulsion des trois quarts des Palestiniens, en 1948, pour installer, à  leur place, des gens de confession juive venus de partout. Tant que ce dà©ni de l’histoire perdure il est facile à  Israà«l de renverser les responsabilità©s et d’accuser de terrorisme ceux qui relà¨vent la tàªte. Si vous obtenez une majorità© aux à©lections là©gislatives, àªtes-vous pràªts à  rencontrer les responsables politiques europà©ens pour leur rappeler que le point central du conflit est l’expropriation et l’à©puration ethnique des Palestiniens par Israà«l ? Et de faà§on plus gà©nà©rale, que pensez-vous faire ?

Moshir Al Masri : Si nous remportons la majorità© lors des à©lections là©gislatives, nous aviserons. Mais, sur le plan du dialogue avec l’Europe et les à‰tats-Unis, le Hamas n’a d’hostilità© envers personne, et nous sommes pràªts à  dialoguer avec qui voudra dialoguer avec nous. Nous avons dialoguà© avec l’Europe, notamment avec des parlementaires europà©ens, et nous avons instaurà© un dialogue avec des universitaires amà©ricains, à  Beyrouth (mais il ne s’agit pas de personnes dà©tentrices d’un quelconque pouvoir exà©cutif aux à‰tats-Unis). Le Hamas est un mouvement ouvert à  tous, et certainement pas un mouvement rigoriste, ni un mouvement complexà©. Bien entendu, le Hamas est un mouvement porteur d’un projet islamique, qui veut que tout le monde vive en libertà© et dans la dignità©, et donc que notre peuple vive libre et dans la dignità©. Ce que nous demandons au monde, c’est de ne pas s’aligner, de ne pas persister dans son alignement patent, meurtrier et provocateur sur l’ennemi sioniste, au prix des intà©ràªts nationaux du peuple palestinien. Nous sommes pràªts à  dialoguer avec tout partenaire, mis à  part Israà«l, qui perpà©tue l’occupation et l’agression contre notre peuple palestinien, afin d’expliciter ce qui doit et peut l’àªtre et de mettre tout un chacun au courant de ce qui se passe sur la scà¨ne palestinienne, et aussi afin de rappeler à  nos partenaires que le problà¨me, c’est l’occupation et l’agression, et en aucun cas notre peuple ni sa rà©sistance là©gitime. Le problà¨me est du cà´tà© de ceux qui sont venus chasser notre peuple de chez lui et en occuper les terres. Par consà©quent, nous sommes persuadà©s que le monde libre doit s’efforcer de faire en sorte que le peuple palestinien vive libre, dignement, comme il vit lui-màªme.

Nous vous remercions tous.

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